Appelez le 15 devant une douleur pelvienne brutale et intense, un malaise, une pâleur, une douleur de l'épaule ou une envie impérieuse d'aller à la selle, chez une femme dont le test de grossesse est positif ou dont les règles sont en retard : ce sont les signes d'une rupture, urgence vitale. Consultez le jour même, aux urgences gynécologiques, devant une douleur pelvienne latéralisée ou des saignements en début de grossesse, même modérés. Toute douleur ou tout saignement du premier trimestre doit faire éliminer une grossesse extra-utérine avant d'être attribué à autre chose.
Ce qu'est une grossesse extra-utérine
Une grossesse extra-utérine, ou GEU, est une grossesse dont l'embryon s'implante ailleurs que dans la cavité utérine. Dans la grande majorité des cas, il s'agit d'une trompe de Fallope ; plus rarement de l'ovaire, du col, d'une cicatrice de césarienne ou de la cavité abdominale. La GEU représente environ 2 % des grossesses.
Cette localisation ne permet aucune évolution : la trompe n'a ni la vascularisation ni l'élasticité nécessaires. En se développant, l'œuf distend puis rompt la paroi tubaire, ce qui provoque une hémorragie interne. C'est cette hémorragie qui fait de la GEU la première cause de mortalité maternelle du premier trimestre. Diagnostiquée tôt, avant la rupture, elle se traite dans de bonnes conditions et n'engage pas le pronostic vital.
Les signes qui doivent alerter
La GEU se manifeste typiquement entre 5 et 8 SA (3 à 6 semaines de grossesse), parfois avant même que la grossesse soit connue. Trois éléments s'associent de façon variable :
- Un retard de règles ou un test positif. Il peut manquer : certaines femmes croient avoir des règles alors qu'il s'agit de saignements de début de grossesse.
- Une douleur pelvienne d'un seul côté. C'est le signe le plus évocateur : sourde et permanente, ou en coups de poignard, latéralisée à droite ou à gauche, différente d'une douleur de règles. Voir les douleurs du bas-ventre.
- Des saignements. Souvent peu abondants, brunâtres ou noirâtres, différents de règles normales, parfois intermittents.
Certains signes traduisent une hémorragie déjà constituée et imposent le 15 : douleur de l'épaule (le sang irrite le diaphragme), malaise, sueurs, pâleur, accélération du pouls, ventre douloureux dans son ensemble, envie impérieuse d'aller à la selle sans y parvenir. Une GEU peut aussi rester longtemps silencieuse ou ne donner que de vagues douleurs : le doute justifie toujours un examen.
Ce qui augmente le risque
| Facteur de risque | Pourquoi |
|---|---|
| Antécédent d'infection génitale haute (salpingite, chlamydia) | Séquelles inflammatoires qui altèrent le transport de l'œuf dans la trompe. C'est le facteur le plus important. |
| Antécédent de grossesse extra-utérine | Le risque de récidive est nettement augmenté, ce qui justifie une échographie précoce à la grossesse suivante. |
| Tabac | La nicotine altère la motilité des cils tubaires ; le risque croît avec le nombre de cigarettes. Voir tabac et grossesse. |
| Chirurgie tubaire ou pelvienne antérieure | Adhérences et modifications anatomiques. |
| Grossesse survenue sous stérilet | Le dispositif prévient très efficacement la grossesse intra-utérine ; quand une grossesse survient malgré lui, la part de GEU est plus élevée. Voir grossesse avec un stérilet. |
| PMA et FIV | Risque augmenté, y compris après transfert d'embryon. |
| Endométriose, âge maternel élevé | Altération de la fonction tubaire. |
Une majorité des femmes qui font une GEU n'ont pourtant aucun de ces facteurs : leur absence ne rassure pas devant des signes évocateurs.
Comment le diagnostic est posé
Il repose sur l'association de deux examens, jamais sur l'un seul. Le dosage des bêta-hCG confirme la grossesse et, répété à 48 heures d'intervalle, montre une progression anormale : une hCG qui stagne ou augmente faiblement oriente vers une grossesse non évolutive ou ectopique. L'échographie pelvienne, le plus souvent par voie vaginale, cherche un sac gestationnel dans l'utérus. Au-delà d'un certain seuil d'hCG, l'absence de sac intra-utérin est très suspecte ; l'échographiste peut aussi voir une masse latéro-utérine ou un épanchement.
Quand les résultats ne tranchent pas, on parle de grossesse de localisation indéterminée. La conduite est alors une surveillance rapprochée avec dosages répétés et contrôle échographique, pas une attente passive : il faut être joignable et pouvoir se rendre rapidement aux urgences.
Les traitements possibles
Trois options existent, choisies selon le taux d'hCG, la taille de la masse, la douleur, l'état hémodynamique et le souhait de grossesse ultérieure.
- La surveillance simple Réservée aux formes très peu évolutives avec une hCG basse et décroissante : la grossesse se résorbe spontanément, sous contrôle biologique jusqu'à négativation.
- Le traitement médical Une injection d'un médicament qui arrête la multiplication cellulaire, en hospitalisation de jour, suivie de dosages d'hCG jusqu'à négativation, ce qui prend souvent plusieurs semaines. Il évite la chirurgie mais impose une surveillance assidue et une contraception les mois suivants.
- La chirurgie Par cœlioscopie le plus souvent : ouverture de la trompe pour retirer la grossesse en la conservant, ou ablation de la trompe si elle est trop lésée. En cas de rupture avec hémorragie, l'intervention est réalisée en urgence.
Après une GEU, une grossesse ultérieure reste possible dans la majorité des cas, y compris après ablation d'une trompe, l'autre assurant le transport. Une consultation de contrôle et une échographie précoce lors de la grossesse suivante sont systématiquement proposées. Si vous êtes de rhésus négatif, une injection d'immunoglobulines anti-D est nécessaire.
Le retentissement psychologique
Une GEU cumule une perte de grossesse, une urgence médicale et parfois une intervention chirurgicale, dans un délai très court et sans temps de préparation. La sidération, la peur rétrospective et l'inquiétude sur la fertilité sont des réactions habituelles, pas des faiblesses. Un accompagnement par la sage-femme, le médecin ou un psychologue peut être demandé, et l'est trop rarement. Le vécu et le délai avant une nouvelle grossesse rejoignent en partie ce qui est décrit sur la fausse couche et dans la rubrique santé et complications de la grossesse.
Questions fréquentes
Un test de grossesse est-il positif en cas de GEU ?
Oui, dans la quasi-totalité des cas : le trophoblaste produit de l'hCG où qu'il soit implanté. Un test positif ne dit rien de la localisation de la grossesse, seule l'échographie le montre.
Une grossesse extra-utérine peut-elle être déplacée dans l'utérus ?
Non. Aucune technique ne permet de replacer une grossesse ectopique dans la cavité utérine, et cette grossesse ne peut pas se poursuivre. La question ne se pose donc pas en pratique médicale.
Combien de temps attendre avant une nouvelle grossesse ?
Cela dépend du traitement reçu. Après un traitement médical, une contraception est demandée pendant plusieurs mois. Après une chirurgie, le délai est en général plus court. Votre médecin fixera le moment en fonction de votre situation.
Peut-on prévenir une grossesse extra-utérine ?
Partiellement. Dépister et traiter les infections à chlamydia, utiliser un préservatif en cas de partenaires multiples et arrêter le tabac réduisent le risque. Après un antécédent de GEU, une échographie précoce permet un diagnostic à temps.
Sources : Haute Autorité de santé, prise en charge des grossesses extra-utérines ; CNGOF, recommandations pour la pratique clinique sur la grossesse extra-utérine ; Assurance Maladie (ameli.fr) ; Santé publique France, mortalité maternelle.