Pré-éclampsie : reconnaître les signes d'alerte

Maux de tête intenses, troubles de la vue, douleur sous les côtes ou gonflement brutal du visage après 20 SA imposent un avis médical le jour même.

Mis à jour le 10 septembre 2026

Appelez le 15 devant des maux de tête intenses qui ne cèdent pas au paracétamol, des troubles visuels (mouches, éclairs, vision floue), des acouphènes ou bourdonnements d'oreille, une barre douloureuse en travers de l'estomac ou sous les côtes à droite, des vomissements en fin de grossesse, une confusion ou une convulsion. Consultez le jour même devant des œdèmes brutaux du visage et des mains, une prise de poids rapide de plus de 1 kg en une semaine, une diminution des urines, ou une tension mesurée à 140/90 mmHg ou plus après 20 SA. Ces signes n'attendent pas le prochain rendez-vous.

Ce qu'est la pré-éclampsie

La pré-éclampsie associe, après 20 SA (18 semaines de grossesse), une hypertension artérielle égale ou supérieure à 140/90 mmHg et une protéinurie, c'est-à-dire la présence anormale de protéines dans les urines. Elle concerne environ 2 à 5 % des grossesses en France.

Son origine est placentaire. Au premier trimestre, les artères qui irriguent le placenta ne se remodèlent pas correctement, ce qui aboutit à un placenta mal perfusé. En réponse, des substances passent dans la circulation maternelle et altèrent la paroi des vaisseaux dans tout l'organisme : d'où l'hypertension, la fuite de protéines par le rein, les œdèmes et l'atteinte possible du foie, du cerveau et de la coagulation. Le fœtus, mal irrigué, peut présenter un retard de croissance. Le seul traitement qui interrompt le processus est la naissance et la délivrance du placenta.

Les signes, du plus banal au plus grave

SigneCe qu'il traduitConduite
Tension à 140/90 mmHg ou plus après 20 SAÉlévation de la pression artérielleAvis le jour même
Protéines dans les urinesAtteinte rénaleDépistée à chaque consultation prénatale
Œdèmes du visage et des mains, d'apparition rapideFuite de liquide hors des vaisseauxAvis le jour même ; des chevilles gonflées le soir sont banales, voir jambes lourdes
Prise de poids brutale, plus de 1 kg en une semaineRétention hydriqueAvis le jour même
Céphalées intenses résistant au paracétamolRetentissement cérébralUrgence, appeler le 15
Mouches volantes, éclairs, vision floue, acouphènesRetentissement cérébral et rétinienUrgence, appeler le 15
Barre épigastrique, douleur sous les côtes à droiteAtteinte hépatique, possible HELLP syndromeUrgence, appeler le 15
ConvulsionsÉclampsieUrgence vitale immédiate

Une pré-éclampsie peut aussi être totalement silencieuse et découverte lors d'une consultation de routine : c'est précisément pourquoi la tension et la bandelette urinaire sont contrôlées à chacune des consultations prénatales obligatoires.

Qui est le plus exposée

Les facteurs de risque les plus établis sont un antécédent personnel de pré-éclampsie, une hypertension chronique, une maladie rénale, un diabète préexistant, un syndrome des antiphospholipides ou une maladie auto-immune. Viennent ensuite une première grossesse, une grossesse gémellaire, un âge supérieur à 40 ans, un indice de masse corporelle élevé, un antécédent familial au premier degré et un intervalle long depuis la grossesse précédente. Chez les femmes à risque élevé, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit, à débuter avant 16 SA et à poursuivre jusqu'à 36 SA : cette prescription est spécifique et ne s'improvise jamais, l'aspirine à dose antalgique restant par ailleurs contre-indiquée pendant la grossesse.

Comment le diagnostic est confirmé

La mesure de la tension se fait au repos, assise depuis plusieurs minutes, avec un brassard adapté à la circonférence du bras. Une valeur élevée est contrôlée après quelques minutes de repos avant d'être retenue. La bandelette urinaire dépiste la protéinurie, confirmée par un dosage sur échantillon ou sur les urines de 24 heures. Un bilan sanguin complète l'évaluation : numération plaquettaire, fonction rénale, enzymes hépatiques, bilan de coagulation. Côté fœtus, une échographie évalue la croissance et le liquide amniotique, avec un Doppler des artères utérines et ombilicales, et un monitoring surveille le rythme cardiaque.

L'usage d'un tensiomètre à domicile peut être proposé par l'équipe pour une surveillance rapprochée. Il ne remplace pas les consultations et ne doit jamais servir à se rassurer soi-même devant des signes d'alerte.

La prise en charge

Toute pré-éclampsie confirmée conduit à une hospitalisation, au moins initialement, pour évaluer la sévérité. Le traitement antihypertenseur, choisi parmi les molécules compatibles avec la grossesse, abaisse la tension et protège la mère du risque d'accident vasculaire, mais il ne soigne pas la maladie : le placenta reste en cause. La décision centrale porte sur le moment de la naissance, arbitrage entre le risque maternel de poursuivre et le risque de prématurité pour l'enfant. Avant 34 SA, une cure de corticoïdes est administrée pour accélérer la maturation pulmonaire fœtale, et le transfert vers une maternité de niveau adapté est organisé. Dans les formes sévères, du sulfate de magnésium prévient les convulsions.

La surveillance se poursuit après l'accouchement : la tension peut rester élevée ou même s'aggraver pendant plusieurs jours, et une pré-éclampsie peut exceptionnellement se déclarer dans le post-partum. Un contrôle à distance et un bilan cardiovasculaire sont recommandés, un antécédent de pré-éclampsie augmentant le risque d'hypertension et de maladie cardiovasculaire au cours de la vie. Signalez-le à chaque nouvelle grossesse dès la première consultation.

Questions fréquentes

Des chevilles gonflées signifient-elles une pré-éclampsie ?

Non, pas isolément. Des œdèmes des chevilles et des pieds en fin de journée sont très fréquents et banals au troisième trimestre. Ce qui doit alerter, c'est un gonflement rapide du visage et des mains, une prise de poids brutale ou l'association à des maux de tête et des troubles visuels.

Peut-on prévenir la pré-éclampsie ?

Partiellement. Chez les femmes à haut risque identifiées, l'aspirine à faible dose prescrite avant 16 SA réduit le risque. Il n'existe pas de régime, de complément ou de repos qui prévienne la maladie chez les autres.

Faut-il rester alitée en cas d'hypertension de grossesse ?

Le repos strict au lit n'est plus recommandé : il n'améliore pas l'évolution et augmente le risque de phlébite. Une réduction d'activité peut être conseillée au cas par cas, dans le cadre d'une surveillance organisée.

Le bébé risque-t-il quelque chose ?

La mauvaise perfusion placentaire peut freiner la croissance et, dans les formes sévères, imposer une naissance prématurée. La surveillance échographique et le monitoring servent à décider du meilleur moment. Une prise en charge précoce améliore nettement le pronostic.

Cela se reproduira-t-il à la prochaine grossesse ?

Le risque de récidive est augmenté, d'autant plus que la pré-éclampsie était précoce ou sévère. Une consultation préconceptionnelle et une prescription d'aspirine à faible dose dès le début de la grossesse suivante sont alors discutées. Voir aussi la rubrique santé et complications.

Sources : CNGOF, recommandations pour la pratique clinique sur la pré-éclampsie ; Haute Autorité de santé, suivi et orientation des femmes enceintes ; Assurance Maladie (ameli.fr) ; CRAT, antihypertenseurs et aspirine pendant la grossesse.