La délivrance, ou l'expulsion du placenta

Troisième et dernière phase de l'accouchement : le placenta se décolle et sort dans la demi-heure, sous une surveillance qui vise l'hémorragie.

Mis à jour le 10 septembre 2026

La délivrance, c'est l'expulsion du placenta et des membranes après la naissance du bébé. Elle survient normalement dans les trente minutes. Au-delà, l'équipe intervient. C'est la phase la plus surveillée de l'accouchement, parce que c'est là que se joue le risque d'hémorragie.

Ce qui se passe une fois le bébé né

L'accouchement compte trois phases : le travail, l'expulsion, puis la délivrance. Cette dernière est souvent vécue comme un détail, parfois à peine remarquée quand le bébé est posé en peau à peau. Elle reste une étape médicale à part entière.

Après la naissance, l'utérus continue de se contracter et se rétracte brutalement. Le placenta, lui, n'est pas extensible : le décalage entre la paroi utérine qui se réduit et le placenta qui garde sa surface provoque son décollement. Un hématome se forme derrière lui et achève de le détacher. Il descend alors dans le segment inférieur puis dans le vagin, d'où il est expulsé par une poussée, une contraction ou une traction douce sur le cordon.

Les contractions de la délivrance sont peu douloureuses comparées à celles du travail. Sous péridurale, elles sont généralement indolores. Le placenta pèse environ 500 à 600 g à terme et mesure une vingtaine de centimètres de diamètre.

Le déroulement étape par étape

  1. Naissance et clampage Le bébé naît, le cordon est clampé puis sectionné, selon les modalités décrites sur la page consacrée au clampage du cordon. L'utérus commence immédiatement à se rétracter.
  2. Injection d'ocytocine Dans les minutes qui suivent la naissance, une injection d'ocytocine de synthèse est administrée par voie intraveineuse ou intramusculaire. C'est la délivrance dirigée, proposée systématiquement en France.
  3. Phase de décollement Pendant 5 à 20 minutes, l'utérus se contracte et le placenta se détache de la paroi. La sage-femme surveille les signes de décollement : le cordon descend, l'utérus remonte et se latéralise.
  4. Expulsion Le placenta est recueilli, souvent par une traction contrôlée sur le cordon associée à une contre-pression au-dessus du pubis. Une poussée de la mère peut suffire. Les membranes suivent.
  5. Examen du placenta Le placenta est étalé et inspecté, face maternelle et face fœtale, pour vérifier qu'aucun cotylédon ni fragment de membrane ne manque.
  6. Contrôle du globe utérin L'utérus doit se réduire en une masse ferme, dure, sous le nombril. Cette rétraction est ce qui ferme les vaisseaux et arrête le saignement.
  7. Deux heures de surveillance La mère reste en salle de naissance : contrôle du saignement, du globe, de la tension, du pouls et de la douleur, à intervalles rapprochés.

La délivrance dirigée : pourquoi cette injection

Administrer de l'ocytocine juste après la naissance renforce les contractions utérines et raccourcit la durée de la délivrance. Cette pratique, recommandée en France comme à l'international, réduit nettement le volume de sang perdu et la fréquence des hémorragies du post-partum. Elle ne modifie pas le vécu de la naissance et n'empêche ni le peau à peau ni la mise au sein.

À l'inverse, la délivrance dite naturelle ou spontanée, sans injection, laisse le placenta se décoller seul. Elle reste possible sur demande dans certaines structures, mais elle expose à un saignement moyen plus important. Ce choix se discute en amont, dans le cadre d'un projet de naissance, et se réévalue le jour même selon le déroulement du travail et les facteurs de risque.

Quand le placenta ne sort pas

Passé trente minutes sans expulsion, on parle de rétention placentaire. L'équipe procède alors à une délivrance artificielle : la main de l'accoucheur va décoller et retirer le placenta, sous analgésie péridurale renforcée ou sous anesthésie générale si la péridurale n'est pas en place. Le geste dure quelques minutes.

La révision utérine, elle, consiste à explorer la cavité après l'expulsion. Elle est indiquée quand le placenta est incomplet à l'examen, quand des membranes manquent, ou en cas de saignement anormal. Elle s'accompagne d'une antibioprophylaxie. Ces gestes sont désagréables mais courants, et ils évitent deux complications : l'hémorragie par rétention de fragments et l'endométrite, une infection de la muqueuse utérine.

L'hémorragie du post-partum, complication redoutée

On parle d'hémorragie du post-partum au-delà de 500 mL de pertes après un accouchement par voie basse, et de 1 000 mL après une césarienne. Elle complique environ 5 % des accouchements et reste l'une des premières causes de mortalité maternelle en France, avec une part importante de décès jugés évitables. C'est pour cette raison que la délivrance est protocolisée dans toutes les maternités.

CauseMécanismePrise en charge de première ligne
Atonie utérineL'utérus ne se rétracte pas et les vaisseaux restent ouvertsMassage utérin, ocytocine, puis autres utérotoniques
Rétention placentairePlacenta ou fragment resté en placeDélivrance artificielle, révision utérine
Plaie de la filièreDéchirure du col, du vagin ou du périnéeExamen sous valves et suture
Anomalie de coagulationTrouble préexistant ou consommation des facteursBilan urgent, transfusion de produits sanguins
Placenta accretaPlacenta anormalement adhérent à la paroiPrise en charge chirurgicale spécialisée

Certaines situations augmentent le risque et sont repérées avant l'accouchement : grossesse gémellaire, excès de liquide amniotique, travail très long ou très rapide, antécédent d'hémorragie, utérus cicatriciel, placenta praevia. Elles orientent le choix du lieu d'accouchement et le niveau de surveillance.

Les suites immédiates

Les deux heures passées en salle de naissance ne sont pas une formalité administrative : la majorité des hémorragies graves se déclarent pendant ce créneau. Le personnel vérifie régulièrement que l'utérus reste dur et que les saignements restent modérés. Une perfusion peut être laissée en place.

Ensuite viennent les lochies, écoulements sanglants qui décroissent sur plusieurs semaines, et les tranchées, contractions utérines parfois vives lors des mises au sein, plus marquées à partir du deuxième enfant. Une perte sanguine importante peut laisser une anémie justifiant une supplémentation en fer, contrôlée à la sortie ou à la consultation du post-partum. Le reste du déroulement de la naissance est détaillé dans la rubrique accouchement.

Consultez en urgence, après le retour à domicile, en cas de saignements qui redeviennent abondants (une garniture imbibée en moins d'une heure), de caillots volumineux, de fièvre supérieure à 38 °C, de pertes malodorantes, de douleurs pelviennes intenses, de malaise ou d'essoufflement inhabituel. Ces signes peuvent traduire une rétention de fragments placentaires ou une infection utérine.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la délivrance ?

Le plus souvent 5 à 20 minutes après la naissance, et par convention moins de 30 minutes. Au-delà de ce délai, l'équipe réalise une délivrance artificielle pour ne pas laisser le risque hémorragique s'installer.

La délivrance est-elle douloureuse ?

Beaucoup moins que l'expulsion. Les contractions sont ressenties comme des règles douloureuses, et elles sont indolores sous péridurale. La délivrance artificielle et la révision utérine, elles, nécessitent une analgésie renforcée ou une anesthésie.

Peut-on refuser l'injection d'ocytocine ?

Oui, aucun geste ne peut être imposé. Il faut savoir que la délivrance dirigée diminue le saignement moyen et la fréquence des hémorragies. Ce choix se discute avec la sage-femme avant l'accouchement et reste réévalué le jour J.

Que devient le placenta après l'accouchement ?

En France, il est considéré comme un déchet d'activité de soins et détruit par la maternité, sauf s'il est envoyé en analyse anatomopathologique en cas de grossesse compliquée. Sa restitution n'est pas prévue par la réglementation dans la plupart des établissements.

La délivrance existe-t-elle aussi après une césarienne ?

Oui. Le placenta est retiré par le chirurgien pendant l'intervention, après la naissance, et l'utérus est vérifié dans le même temps. L'ocytocine est également administrée pour favoriser la rétraction utérine.

Sources : CNGOF, recommandations sur les hémorragies du post-partum ; HAS, accouchement normal, accompagnement de la physiologie ; Assurance Maladie (ameli.fr), déroulement de l'accouchement ; Santé publique France, enquête nationale périnatale.