Mycose vaginale pendant la grossesse : que faire

L'imprégnation hormonale rend la candidose vaginale plus fréquente enceinte. Elle se traite localement, sur prescription, et n'atteint pas le bébé in utero.

Mis à jour le 10 septembre 2026

La mycose vaginale est l'un des motifs de consultation les plus courants de la grossesse. Elle est bénigne, ne franchit pas le placenta et n'atteint pas le bébé pendant la grossesse. Le traitement est local et se prescrit : ne prenez jamais de traitement par voie orale et ne réutilisez pas une ordonnance ancienne sans avis.

Pourquoi la grossesse favorise les mycoses

Le champignon en cause, le plus souvent Candida albicans, vit normalement dans le tube digestif et parfois dans le vagin sans provoquer de symptôme. Il devient gênant quand l'équilibre de la flore vaginale se déplace. La grossesse crée précisément ces conditions : l'imprégnation en œstrogènes augmente la teneur en glycogène de la muqueuse vaginale, un substrat que le champignon utilise, et abaisse encore le pH déjà acide. Les modifications de l'immunité locale complètent le tableau.

D'autres facteurs s'ajoutent souvent : une prise récente d'antibiotiques, un diabète ou un diabète gestationnel mal équilibré, des sous-vêtements synthétiques, des toilettes intimes trop fréquentes ou avec un produit inadapté, et l'humidité prolongée après une piscine ou un sport. Une mycose n'est pas une infection sexuellement transmissible et ne témoigne d'aucun manque d'hygiène : l'excès de lavage est même un facteur déclenchant.

Les signes qui orientent

SituationAspect des pertesSignes associés
Mycose (candidose)Blanches, épaisses, grumeleuses, sans odeur marquéeDémangeaisons intenses, brûlures, vulve rouge et gonflée, douleur aux rapports
Leucorrhées de grossesseBlanches ou laiteuses, fluides, abondantesAucun : pas de démangeaison ni de brûlure, c'est normal
Vaginose bactérienneGrises ou fluidesOdeur de poisson marquée, peu ou pas de démangeaison ; à traiter enceinte
TrichomonaseVerdâtres, mousseusesBrûlures, odeur ; infection sexuellement transmissible, traitement du partenaire
Infection urinairePertes normalesBrûlures en urinant, envies pressantes, urines troubles
Perte de liquide amniotiqueClaire, aqueuse, écoulement continu ou par à-coupsUrgence, voir la perte des eaux

L'auto-diagnostic est peu fiable : plusieurs études montrent qu'une majorité de femmes qui pensent avoir une mycose ont en réalité autre chose. Une consultation avec examen, et si besoin un prélèvement vaginal, évite de traiter à côté. La sage-femme est habilitée à examiner et à prescrire dans ce cadre.

Le traitement pendant la grossesse

Le principe est simple : traitement local uniquement, sur prescription. Les antifongiques en ovule ou en crème appliqués dans le vagin et sur la vulve sont les options utilisées pendant la grossesse ; la durée de traitement est habituellement plus longue qu'en dehors de la grossesse, car les récidives sont plus fréquentes. C'est le médecin, la sage-femme ou, dans certains cas, le pharmacien après échange, qui choisit le produit et la durée : ce site ne donne aucune posologie et ne recommande aucune spécialité.

Le point à retenir absolument : les traitements antifongiques par voie orale ne s'utilisent pas en automédication pendant la grossesse. Une prise unique achetée sans ordonnance, conseillée par une proche ou restée dans l'armoire à pharmacie, n'est pas une bonne idée. Toute question sur une molécule précise relève du CRAT, que votre professionnel consulte au besoin ; les règles générales sont rappelées sur la page des médicaments.

Les démangeaisons s'atténuent souvent en deux à trois jours, mais le traitement se poursuit jusqu'au bout, même quand tout va mieux. Le partenaire n'est traité que s'il a lui-même des symptômes. Un ovule et une crème peuvent altérer le latex : utilisez une autre méthode de protection le temps du traitement si nécessaire.

Éviter les récidives

  • Une toilette externe par jour, à l'eau ou avec un savon doux au pH neutre à légèrement alcalin. Pas de douche vaginale, pas d'antiseptique en routine : ils détruisent la flore protectrice.
  • Sécher soigneusement et changer de maillot ou de tenue de sport humide rapidement.
  • Coton et vêtements amples : les culottes en coton et les pantalons non serrés limitent la macération. Éviter les protège-slips parfumés portés en continu.
  • Essuyage d'avant en arrière après être allée aux toilettes.
  • Équilibrer la glycémie en cas de diabète gestationnel : les mycoses à répétition en sont parfois le premier signe.
  • Probiotiques : les données restent limitées et discordantes sur leur intérêt préventif pendant la grossesse. Ils ne remplacent pas un traitement et se discutent avec un professionnel.

Et pour le bébé

Une candidose vaginale n'atteint pas le fœtus pendant la grossesse : le champignon reste dans le vagin et ne franchit pas les membranes intactes. Le seul point d'attention concerne l'accouchement, où le passage du bébé dans un vagin colonisé peut provoquer un muguet buccal ou un érythème fessier dans les premiers jours de vie. Le muguet du nouveau-né est bénin et se traite localement. C'est l'une des raisons pour lesquelles une mycose est traitée en fin de grossesse plutôt que laissée en l'état. Ne confondez pas ce dépistage avec celui du streptocoque B, réalisé par prélèvement vaginal entre 34 et 38 SA, qui répond à un tout autre enjeu.

Consultez le jour même en cas de fièvre supérieure à 38 °C, de douleurs pelviennes, de contractions, de pertes malodorantes, verdâtres ou teintées de sang, ou d'un écoulement clair et continu qui peut être du liquide amniotique. Consultez également si les symptômes persistent après un traitement complet, s'ils récidivent plus de quatre fois dans l'année, ou si des lésions, des fissures ou des ulcérations apparaissent sur la vulve : d'autres causes de démangeaisons doivent alors être recherchées. Ne recommencez jamais un traitement de vous-même sans nouvel examen.

Questions fréquentes

Une mycose peut-elle provoquer un accouchement prématuré ?

La candidose vaginale isolée n'est pas associée à un risque d'accouchement prématuré. C'est la vaginose bactérienne, une autre infection vaginale, qui a été associée à ce risque et qui est traitée pour cette raison. D'où l'intérêt de faire préciser le diagnostic plutôt que de traiter à l'aveugle.

Peut-on prendre le comprimé unique vendu en pharmacie ?

Non, pas de votre propre initiative pendant la grossesse. Le traitement de la mycose enceinte est local et prescrit. Toute voie orale doit faire l'objet d'un avis médical qui tiendra compte du terme et de la situation.

Les pertes blanches abondantes sont-elles forcément une mycose ?

Non. Des pertes blanches ou laiteuses plus abondantes qu'avant sont normales pendant la grossesse et n'ont pas à être traitées. Ce sont les démangeaisons, les brûlures et l'aspect grumeleux qui orientent vers une mycose.

Faut-il traiter son partenaire ?

Seulement s'il présente des symptômes, comme des rougeurs ou des démangeaisons du gland. La mycose n'est pas considérée comme une infection sexuellement transmissible et le traitement systématique du partenaire n'a pas montré d'intérêt pour prévenir les récidives.

Sources : Assurance Maladie (ameli.fr), mycose vaginale et pertes vaginales ; CNGOF, recommandations sur les infections génitales basses ; CRAT, antifongiques et grossesse ; Haute Autorité de santé. Voir aussi Symptômes de grossesse.