Rééducation du périnée après l'accouchement

Une dizaine de séances, prescrites après la consultation postnatale, chez une sage-femme ou un kinésithérapeute. Voici ce qui s'y passe réellement.

Mis à jour le 10 septembre 2026

La rééducation périnéale se prescrit à la consultation postnatale, entre la 6e et la 8e semaine après l'accouchement. Elle compte en général dix séances remboursées, réalisées par une sage-femme ou un kinésithérapeute, et elle précède toujours le travail des abdominaux et la reprise du sport avec impacts.

Pourquoi elle est proposée à toutes

Le périnée est l'ensemble des muscles qui ferment le bassin par le bas et soutiennent la vessie, l'utérus et le rectum. Neuf mois de grossesse, quel que soit le mode de naissance, puis le passage du bébé ou une chirurgie abdominale le mettent à l'épreuve. Les conséquences possibles sont connues : fuites urinaires à l'effort, urgences mictionnelles, sensation de pesanteur, descente d'organes à plus long terme, douleurs ou perte de sensations lors des rapports.

La rééducation est proposée même en l'absence de symptôme, à titre préventif, et elle est systématique après une extraction instrumentale, une déchirure du sphincter anal, un bébé de gros poids ou une phase de poussée longue. Après une césarienne, elle garde tout son intérêt : c'est la grossesse elle-même, et non seulement l'accouchement, qui distend le plancher pelvien.

Quand commencer, et pas avant

PériodeCe qui est possible
Jours 1 à 10Rien d'autre que le repos, la marche courte et la contraction douce à l'expiration si elle est indolore
Semaines 2 à 6Marche progressive, verrouillage du périnée avant de tousser ou de porter, pas de sport
Semaine 6 à 8Consultation postnatale, examen du périnée, prescription de la rééducation
Après la prescriptionUne dizaine de séances, une à deux par semaine
Après le périnéeRééducation abdominale, puis reprise progressive du sport avec impacts

Commencer plus tôt n'apporte rien : les tissus cicatrisent encore et les lochies exposent au risque infectieux. Commencer beaucoup plus tard reste utile, y compris des années après : il n'existe pas de date de péremption.

Comment se déroulent les séances

  1. Bilan initial Interrogatoire sur les fuites, les urgences, le transit, les douleurs et les rapports, puis testing musculaire par toucher vaginal, qui cote la force et l'endurance du périnée. Ce bilan oriente tout le reste.
  2. Prise de conscience Beaucoup de femmes ne savent pas contracter leur périnée isolément, ou poussent au lieu de serrer. Le praticien guide par la main et par la respiration : le périnée se contracte à l'expiration, jamais en bloquant l'air.
  3. Travail manuel Contractions contre résistance, travail de l'endurance puis de la réactivité, apprentissage du verrouillage avant l'effort. C'est la technique la mieux évaluée.
  4. Biofeedback Une sonde reliée à un écran affiche la contraction en temps réel, ce qui aide à visualiser et à doser l'effort.
  5. Électrostimulation Un courant de faible intensité provoque la contraction quand le muscle est trop faible pour être commandé volontairement. Utile en début de parcours, jamais en traitement unique.
  6. Transfert au quotidien Les dernières séances travaillent les situations réelles : porter l'enfant, tousser, éternuer, se relever, monter les escaliers, reprendre le sport.

Les séances durent vingt à trente minutes, sont indolores, et le toucher vaginal peut être refusé au profit d'un travail sans sonde. Sage-femme ou kinésithérapeute : les deux sont compétents, la sage-femme travaille souvent en cabinet avec une approche périnéale globale, le kinésithérapeute peut enchaîner sur le dos et les abdominaux.

Les exercices à faire chez soi

Trois principes rendent le travail personnel efficace. Contracter en expirant, comme si vous vouliez retenir un gaz et remonter la vessie, sans serrer les fesses ni les cuisses. Tenir la contraction cinq secondes, relâcher dix secondes, répéter dix fois, deux à trois fois par jour. Verrouiller avant l'effort, c'est-à-dire contracter juste avant de tousser, d'éternuer, de se relever ou de soulever le bébé.

Ce qui est contre-productif : les abdominaux classiques en flexion, les sauts, la course, les charges lourdes et les ports prolongés du bébé en écharpe mal réglée avant la fin de la rééducation. La reprise du sport suit un ordre précis, périnée puis sangle abdominale profonde puis impacts, décrit avec le reste de la récupération sur Post-partum : les premières semaines.

Et le diastasis des grands droits

L'écartement des muscles grands droits de l'abdomen sur la ligne médiane est physiologique en fin de grossesse et se referme partiellement seul dans les premiers mois. Il se repère en s'allongeant sur le dos, genoux pliés, en relevant légèrement la tête et en glissant les doigts au-dessus et au-dessous du nombril. Un écart de plus de deux à trois travers de doigt, ou une voussure qui se forme à l'effort, justifie un travail spécifique de la sangle profonde, jamais des relevés de buste. La rééducation abdominale est prescrite après la rééducation périnéale, dans le même cadre.

Ce qui reste à surveiller après

La rééducation améliore nettement les fuites urinaires du post-partum, avec un bénéfice documenté. Elle ne règle pas tout : une incontinence persistante, une pesanteur vaginale, une douleur aux rapports ou une incontinence anale relèvent d'un avis spécialisé, en consultation de périnéologie ou auprès d'un urogynécologue. Ces symptômes ne sont ni une conséquence inévitable de la maternité ni quelque chose à supporter. Les repères de reprise de l'intimité sont sur Reprise des rapports après l'accouchement, la cicatrisation périnéale sur Épisiotomie et déchirures, et l'ensemble du parcours dans notre dossier accouchement.

Consultez sans attendre la fin des séances en cas de fuites urinaires importantes ou permanentes, de perte involontaire de gaz ou de selles, de sensation de boule ou de pesanteur à la vulve, de douleur pelvienne persistante, de douleur aux rapports, de saignements qui reprennent, de brûlures en urinant ou de fièvre. Interrompez les exercices et demandez un avis si une séance provoque une douleur ou un saignement.

Questions fréquentes

Combien de séances sont remboursées ?

Une dizaine de séances en général, prescrites lors de la consultation postnatale et prises en charge par l'Assurance Maladie, votre complémentaire couvrant l'éventuel reste à charge. Des séances supplémentaires peuvent être prescrites si le bilan le justifie.

La rééducation est-elle utile après une césarienne ?

Oui. Le poids de l'utérus pendant neuf mois distend le périnée indépendamment du mode d'accouchement, et la paroi abdominale a été incisée. Le programme associe alors travail périnéal, sangle abdominale profonde et mobilisation de la cicatrice.

Peut-on la faire sans toucher vaginal ?

Oui, vous pouvez refuser le testing manuel et la sonde. Le travail se fait alors par le souffle, la posture et le biofeedback externe. Ce choix se dit dès la première séance et doit être respecté sans discussion.

Est-il trop tard si j'ai accouché il y a plusieurs années ?

Non. La rééducation reste efficace à distance, sur prescription du médecin traitant ou du gynécologue. Des fuites installées depuis longtemps s'améliorent souvent avec un travail bien conduit, même des années après la naissance.

Sources : Haute Autorité de santé, rééducation dans le cadre du post-partum ; CNGOF, recommandations pour la pratique clinique sur le post-partum ; Assurance Maladie (ameli.fr), consultation postnatale et rééducation périnéale ; Conseil national de l'ordre des sages-femmes, compétences en rééducation périnéo-sphinctérienne.