Hémorroïdes pendant la grossesse et après la naissance

La pression veineuse et la constipation expliquent la plupart des crises. Les mesures locales suffisent souvent, à condition de traiter d'abord le transit.

Mis à jour le 10 septembre 2026

Les hémorroïdes sont très fréquentes au troisième trimestre et dans les jours qui suivent l'accouchement. Elles guérissent presque toujours spontanément. La priorité est de régler la constipation ; les traitements locaux se prennent sur avis médical, aucun ne s'improvise en automédication prolongée.

Pourquoi la grossesse les favorise

Les hémorroïdes ne sont pas des varices apparues par accident : ce sont des coussinets vasculaires normaux du canal anal, qui deviennent symptomatiques lorsqu'ils se congestionnent. Trois mécanismes se conjuguent pendant la grossesse.

  • La pression mécanique. L'utérus gravide comprime les veines pelviennes et la veine cave inférieure, ce qui gêne le retour veineux et augmente la pression dans le réseau hémorroïdaire, comme pour les jambes lourdes.
  • Les hormones. La progestérone relâche la paroi veineuse et ralentit le transit intestinal.
  • La constipation et les efforts de poussée. Selles dures, poussée prolongée sur les toilettes : c'est le facteur le plus déterminant et le seul entièrement modifiable. Voir la constipation de grossesse.

L'accouchement par voie basse ajoute une phase de poussée intense qui déclenche fréquemment une crise dans les 48 heures. Une thrombose hémorroïdaire du post-partum est douloureuse mais bénigne, et régresse en une à deux semaines.

Reconnaître ce que l'on a

SituationCe que l'on ressentÉvolution habituelle
Hémorroïdes internesSaignement rouge vif au passage des selles, sur le papier ou dans la cuvette, sans douleurRégresse avec le transit régularisé
Procidence hémorroïdaireBoule qui sort à la selle et rentre seule ou à la main, gêne, suintementSouvent chronique, s'améliore après la grossesse
Thrombose hémorroïdaire externeDouleur brutale et permanente, boule dure et bleutée au bord de l'anusPic à 48 h, résolution en 1 à 2 semaines
Fissure analeDouleur vive « en lame de rasoir » pendant et après la selle, petit saignementCicatrise si les selles sont molles
Saignement noir, abondant ou en dehors des sellesSang digéré ou hémorragieNe relève pas des hémorroïdes, avis médical nécessaire

Un saignement d'origine anale ne doit jamais être confondu avec des saignements d'origine génitale : l'origine se vérifie facilement en consultation, et cette vérification est utile plutôt que gênante.

Traiter le transit avant tout

Aucun traitement local ne tiendra si les selles restent dures. Les mesures qui comptent, dans l'ordre d'efficacité :

  1. Fibres et eau Environ 25 à 30 g de fibres par jour, réparties sur les repas : légumes cuits, fruits, légumineuses, céréales complètes, pruneaux. Sans eau suffisante, les fibres aggravent la situation : visez 1,5 à 2 litres par jour, voir l'hydratation pendant la grossesse.
  2. Ne pas retenir, ne pas pousser Aller à la selle dès l'envie, s'installer avec un petit tabouret sous les pieds pour ouvrir l'angle anorectal, et ne pas rester plus de cinq minutes sur les toilettes. Lire sur son téléphone aux toilettes prolonge la position à risque.
  3. Bouger Une marche quotidienne, la natation ou toute activité physique adaptée relancent le transit et améliorent le retour veineux.
  4. Laxatifs doux si nécessaire Les laxatifs osmotiques et de lest sont compatibles avec la grossesse ; ils se demandent au médecin, à la sage-femme ou au pharmacien. Les laxatifs stimulants et l'huile de paraffine au long cours sont à éviter.
  5. Soigner la peau Toilette à l'eau tiède et savon doux, séchage en tamponnant, papier humide plutôt que sec. Éviter les lingettes parfumées et les antiseptiques répétés.

Ce qui soulage la crise

Les bains de siège tièdes de dix minutes, deux à trois fois par jour, détendent le sphincter et réduisent la douleur. Une poche de froid enveloppée dans un linge, appliquée quinze minutes, calme une thrombose récente. Le paracétamol à la dose minimale efficace est l'antalgique de référence pendant la grossesse ; les anti-inflammatoires par voie orale, ibuprofène compris, sont contre-indiqués et formellement interdits dès 24 SA (22 semaines de grossesse). Voir les médicaments autorisés et interdits.

Les crèmes, pommades et suppositoires spécifiques des hémorroïdes existent et certains sont utilisables pendant la grossesse et l'allaitement, mais leur choix et leur durée relèvent d'une prescription : demandez à votre médecin, à votre sage-femme ou à votre pharmacien plutôt que de reprendre une boîte entamée. Les veinotoniques par voie orale sont parfois prescrits en cure courte, avec une efficacité modeste. Les gestes chirurgicaux, incision d'une thrombose ou ligature, restent possibles pendant la grossesse mais sont rarement nécessaires et généralement reportés après l'accouchement.

Après l'accouchement

Le pic de fréquence se situe dans la première semaine du post-partum. Les mêmes mesures s'appliquent, avec deux précautions : maintenir un transit souple malgré la crainte de pousser, notamment après une épisiotomie ou une déchirure, et signaler la gêne lors de la consultation postnatale. La rééducation périnéale n'aggrave pas les hémorroïdes et améliore le contrôle sphinctérien. La plupart des symptômes disparaissent dans les six semaines ; ce qui persiste au-delà de trois mois relève d'un avis proctologique.

Consultez le jour même en cas de saignement anal abondant, de saignement qui persiste au-delà de quelques jours, de douleur intense et croissante, de fièvre supérieure à 38 °C, d'un gonflement chaud et rouge autour de l'anus qui évoque un abcès, ou d'une impossibilité d'aller à la selle avec ballonnement et vomissements. Un sang noir ou mêlé aux selles, un amaigrissement ou une modification durable du transit doivent faire chercher une autre cause et ne s'attribuent pas d'emblée aux hémorroïdes. Les autres symptômes de grossesse se discutent en consultation mensuelle.

Questions fréquentes

Les hémorroïdes peuvent-elles nuire au bébé ?

Non. Elles sont inconfortables pour vous mais sans conséquence pour le fœtus. Les saignements hémorroïdaires sont de faible abondance et ne provoquent pas d'anémie dans la grande majorité des cas.

Peut-on utiliser une crème achetée sans ordonnance ?

Demandez d'abord au pharmacien en précisant votre terme de grossesse ou votre allaitement : toutes les spécialités ne sont pas équivalentes et certaines contiennent des corticoïdes ou des anesthésiques locaux dont l'usage doit être limité dans le temps. Ne reprenez pas un tube prescrit avant la grossesse sans vérification.

La césarienne évite-t-elle les hémorroïdes ?

Elle évite la phase de poussée, mais pas la congestion veineuse de la grossesse ni la constipation du post-partum, souvent accentuée par les suites opératoires. Une césarienne ne se décide jamais pour cette raison.

Combien de temps dure une thrombose hémorroïdaire ?

La douleur culmine généralement en 48 heures puis décroît, et la boule se résorbe en une à deux semaines, laissant parfois un petit repli cutané indolore. Si la douleur augmente au-delà de trois jours ou s'accompagne de fièvre, consultez.

Sources : Assurance Maladie (ameli.fr), hémorroïdes et troubles du transit ; Société nationale française de colo-proctologie, recommandations sur la maladie hémorroïdaire ; CNGOF, suivi de la grossesse et du post-partum ; CRAT.